Par Daniela Cobet [1]
Lorsque l’on se remémore l’enthousiasme suscité par la fondation du
NPA en janvier 2009, et que l’on regarde la terrible crise dans laquelle
il se trouve aujourd’hui, il est plus que légitime, et même vraiment
indispensable, de se demander ce qui a bien pu se passer pour en arriver
là. Pendant très longtemps, la question d’un bilan d’ensemble du NPA,
incluant son projet d’origine, était un grand tabou au sein du parti.
Les militants du NPA montrent leur carte du parti, lors du congrès fondateur le 7 février 2009 à la Plaine Saint-Denis
Les militants du NPA montrent leur carte du parti, lors du congrès fondateur le 7 février 2009 à la Plaine Saint-Denis
La remise en question des principes fondateurs pouvait même être un
argument pour tenter d’exclure un courant, comme cela a été le cas lors
du premier congrès, où une majorité du Conseil Politique National
sortant a voté une motion visant à pousser dehors une partie voire tous
les camarades qui impulsaient la plateforme 4. Ce que, heureusement, ils
n’ont pas réussi à faire, grâce à l’opposition de nombreux militants
dans les assemblées électives partout en France.
Aujourd’hui, il semblerait que la gravité indéniable de la crise
traversée par le NPA et l’approfondissement des divergences au sein même
de l’ancienne majorité (position 1), issue du bureau politique de la
LCR, commence à changer la donne. A la veille de la réunion nationale
qui a donné origine au courant Gauche Anticapitaliste, les membres de
cette ancienne majorité qui avaient d’abord décidé de rejoindre la
position B lors de la Conférence Nationale du mois de juin, et à présent
ce courant public, publiaient un texte intitulé « Quelques éléments
pour un bilan du NPA » [2] . Ce texte va bien au-delà de simples
désaccords tactiques.
De son côté, la nouvelle majorité – formée à partir d’un accord sur
des bases très minimales entre l’autre partie de la position 1 et la
position 2, cette dernière ayant longtemps critiqué sur la gauche
l’électoralisme exacerbé du NPA – continue à refuser de tirer son propre
bilan, en partie parce que cela pourrait nuire au très fragile accord
au sommet trouvé au mois de juin, et en partie parce que cela les
obligerait à revoir les positions qu’ils ont défendues jusqu’à présent.
C’est dans ce contexte que nous nous proposons ici d’avancer les
premiers éléments d’un bilan de ces trois années d’existence du NPA, en
partant d’un certain nombre d’affirmations des camarades signataires du
texte « Quelques éléments... » et en tentant d’y répondre.
Problèmes de méthode et conclusions erronées
Ces camarades partent d’une relecture du contexte dans lequel s’est
lancé le projet du NPA, en affirmant que « après la défaite du PS à
l’élection présidentielle de 2007, de manière assez artificielle,
Olivier Besancenot et le NPA en constitution apparaissaient presque
comme la seule force d’opposition ». Selon eux, cette situation
extrêmement transitoire a contribué à nier les contradictions du projet
fondateur et à passer « de l’enthousiasme à l’arrogance » [3] .
Ce diagnostique a postériori possède, certes, une part de vérité. Le
succès électoral d’Olivier Besancenot et sa popularité ont crée
l’illusion que l’ancienne LCR, que les signataires du texte
caractérisent comme « une petite organisation, à l’implantation
précaire », pouvait d’un jour à l’autre « se dépasser » pour devenir un
« parti de masse » par l’adhésion individuelle « d’anonymes » et de
certaines personnalités de la gauche antilibérale.
Cependant, ce constat est mis au service d’une explication très
superficielle de l’échec du NPA. Dans un premier temps, « l’arrogance »
nous aurait empêché de prendre d’avantage en compte la nécessité de
chercher des alliances avec une « gauche radicale que, à la fin de
l’année 2008 et au début de l’année 2009, nous avions la main pour
hégémoniser ». Et, dans un second temps, le NPA aurait dérivé pour
devenir « une organisation isolée et propagandiste », sous l’emprise
d’une nouvelle majorité que ces camarades caricaturent comme
« bolchévique », une caractérisation si ridicule qu’on peine à croire
qu’eux mêmes puissent vraiment le penser.
Avant d’amorcer la discussion avec ces conclusions que nous sommes
évidemment loin de partager, une question de méthode nous semble
primordiale. A partir de quel critère peut-on esquisser un bilan correct
de ces trois ans d’existence du NPA ? Le choix des signataires du texte
est de le mesurer essentiellement en fonction des mouvements dans la
superstructure, c’est-à-dire la position du NPA en rapport aux autres
forces de la « gauche radicale ». Malgré la critique faite au NPA sur
son « incapacité à se confronter au monde tel qu’il est », apparemment
dans le « monde tel qu’il est » de ces camarades les phénomènes de la
lutte de classe apparaissent comme un élément secondaire, au point de ne
mériter pas plus qu’une référence très brève concernant le mouvement
contre la réforme des retraites.
Il nous semble, au contraire, que la bonne méthode consiste à
confronter nos orientations politiques à une réalité qui ne fut pas peu
riche du point de vue de la lutte de classes nationale et
internationale, pour à partir de là vérifier la validité ou non de nos
choix passés, et surtout pour trouver une orientation juste pour le
présent et l’avenir.
Lorsque le NPA s’est créé, son projet s’appuyait sur une analyse de
la période, des considérations sur la stratégie et sur le type de parti à
mettre en place. Face à une crise qui remet en cause objectivement le
positionnement de ce même parti, loin d’interroger tous ces fondements à
partir des leçons de la lutte de classe, les signataires du texte se
contentent de les réaffirmer, voire de les exacerber pour justifier leur
orientation. C’est donc à partir d’une méthode radicalement opposée que
nous essaierons d’apporter les éléments de notre propre bilan.
« Nouvelle période, nouveau programme, nouveau parti »
Le lancement du NPA s’appuyait d’abord et avant tout sur une certaine
analyse de la période. Celle-ci consistait à dire que la chute du Mur
de Berlin et l’effondrement de l’URSS avaient mis fin à une période
historique ouverte avec la révolution russe de 1917 pour en ouvrir une
autre, nouvelle et aux traits relativement imprévisibles. Personne ne
peut nier que ces événements ont une grande importance et ont
considérablement changé la configuration politique mondiale, et qu’ils
méritent donc d’être étudiés et expliqués par tous ceux qui entendent
défendre l’idée d’une transformation sociale radicale. L’extension du
mode de production capitaliste à toute une série de régions qui en avait
été extraites pendant des décennies, l’offensive contre les conditions
de vie et de travail des exploités à l’échelle mondiale qui s’en est
suivie, le triomphalisme capitaliste qui prétendait que l’histoire était
arrivée à son terme, l’effondrement du stalinisme en tant qu’appareil
contre-révolutionnaire, tous ces éléments présentaient de nouveaux défis
à une analyse marxiste de la période actuelle.
Il est néanmoins indispensable de préciser en quoi consistent ces
transformations et quelles sont leurs implications réelles pour la
stratégie révolutionnaire. D’autant plus que le moment auquel s’est
fondé le NPA, et donc celui de la matérialisation de cette analyse dans
une nouvelle organisation sensée correspondre à la nouvelle période,
coïncide avec le début de la crise capitaliste aux proportions
historiques que nous vivons. En ce sens, il nous semble que certaines
affirmations apparues dans le cadre du « débat stratégique » ouvert au
sein de la LCR à la veille de la création du NPA étaient erronées dans
leur interprétation de ce basculement. Notamment lorsqu’elles
prévoyaient une recomposition lente et évolutive du mouvement ouvrier,
pendant laquelle il fallait admettre, comme le prônait alors Francis
Sitel, que l’actualisation de la question de la conquête du pouvoir
serait « aujourd’hui au dessous de la ligne de notre horizon politique »
[4] .
Car après des années d’offensive capitaliste, et un début de
résistance à partir du milieu des années 1990, la « nouvelle période »
au sein de laquelle le NPA aurait à se développer remettait au contraire
au devant de la scène toute une série d’éléments qui semblaient avoir
disparu de « l’horizon politique ». Dès 2009 – comme on s’apprête à le
voir plus longuement ci-dessous –, nombre d’éléments signalaient des
tendances à une plus grande polarisation, entre d’un côté la
radicalisation du mouvement de masses, et de l’autre le durcissement des
issues bourgeoises face à la crise, ou en d’autres mots des tendances
initiales à la révolution et à la contre-révolution. A posteriori, le
déclenchement de processus révolutionnaires dans le monde arabe, la
situation pré-insurrectionnelle en Grèce (pour reprendre le terme
utilisé par Kouvelakis [5] ), le réveil de la jeunesse dans l’État
espagnol, et, en face, les réponses contre-révolutionnaires de la
bourgeoisie et de l’impérialisme, ainsi que les tendances à une
bonapartisation des régimes en Europe et les phénomènes nationalistes et
d’extrême droite de l’autre, en sont une preuve incontestable.
C’est en ce sens que, manifesté par d’importantes transformations de
la situation politique, ce qui était en train de se réactualiser était
précisément le caractère d’une « période » bien plus large, définie par
Lénine au début du siècle comme « de crises, guerres et révolutions », à
laquelle toute l’histoire du XXe siècle n’a pas pu apporter de
solution, précisément à cause des défaites dont notre mouvement a été
victime.
Au lieu d’effacer les clivages du passé, bannis car n’étant
soi-disant plus d’actualité, il aurait donc fallu enrichir le projet
fondateur du NPA des leçons stratégiques de cette histoire. Il était en
effet capital de préparer le parti à intervenir dans une situation qui
redevenait convulsive et au sein de laquelle, inévitablement, des
problèmes déjà rencontrés par le mouvement révolutionnaire allaient se
reposer quoique sous une forme nouvelle. Ceci était aussi indispensable
pour réhabiliter l’idée même de la révolution, à un moment où elle se
trouvait discréditée, car nous subissions encore les conséquences de
l’offensive bourgeoise et des défaites passées, sans que la nouvelle
situation puisse encore apporter des démonstrations claires de
l’actualité de notre projet. Par ailleurs, il aurait été tout aussi
fondamental de combattre les préjugés qui veulent que la
bureaucratisation soit une conséquence inévitable de toute révolution, à
l’exemple de l’URSS, faisant du projet révolutionnaire une perspective
non seulement impossible mais de plus non souhaitable. Réhabiliter ce
dernier, c’était donc revendiquer haut et fort l’héritage de ceux qui,
au sein du mouvement révolutionnaire, ont toujours combattu le
stalinisme et levé le drapeau d’une révolution internationale axée sur
la démocratie ouvrière.
Malheureusement, c’est plutôt le contraire qui a été fait. Sous
l’influence de la situation précédente, où le reflux idéologique était
généralisé, nombre de camarades ont cru que pour s’élargir il fallait
diluer le programme, la stratégie, les références idéologiques pour
mieux s’adapter au milieu que l’on essayait de toucher. Le mot
« révolution » fut donc considéré comme « trop clivant », le trotskisme
une référence trop datée, le tout étant remplacé par des formules floues
telles que « la transformation révolutionnaire de la société » et « le
socialisme du XXIe siècle ». C’est la conséquence de ne pas avoir su
maintenir une continuité révolutionnaire à contre-courant pendant cette
période de reflux, d’avoir déserté nos positions idéologiques à la
recherche de fausses « vérités nouvelles », que nous payons aujourd’hui.
Cela est d’autant plus dramatique que cette crise et cette paralysie
nous atteignent précisément au moment où la situation permettrait de
faire un bond en avant.
Comment la thèse de « l’orphelinat stratégique » a désarmé le NPA
Une des thèses fondatrices du projet NPA a consisté à affirmer que
les hypothèses en matière de stratégie avec lesquelles nous avions opéré
jusque là n’étaient plus d’actualité après la chute du mur de Berlin ;
et que, partant, nous serions devenus « orphelins d’hypothèse
stratégique » [6] . Il s’agirait désormais de repenser la question
stratégique en dehors du cadre de ces « hypothèses » et en tentant de
rassembler les éléments du « meilleur » des différentes traditions et
courants du mouvement ouvrier et révolutionnaire [7] .
Ainsi, s’appuyant sur l’analyse du caractère prétendument
imprévisible de la période qui s’ouvrait, est née l’idée qu’on pouvait
construire un parti dépourvu de toute stratégie, et qu’en la matière les
« modèles » passés n’étaient plus opératoires. Les camarades
signataires du texte « Quelques éléments... » n’inventent donc pas la
poudre lorsqu’ils affirment que « la nouvelle époque, dont il faut
d’ailleurs constamment renouveler le travail d’analyse et de décryptage,
implique une redéfinition du programme, de la stratégie et sans doute
du type de parti à construire. En aucun cas, le bégaiement des modèles
révolutionnaires du XIXe et du XXe siècle qui aujourd’hui ne sont plus
opératoires [sic]. Un processus de transformation révolutionnaire d’une
société capitaliste comme la société française ne ressemblera pas à la
révolution russe mais sans doute pas non plus à un mai 68 qui irait
‘jusqu’au bout’ ».
Nous verrons par la suite à quel point cette idée trouve toutes ses
limites lorsqu’on la confronte à la réalité. Mais il faut dire tout de
suite que ce prétendu « vide » stratégique a empêché le NPA d’être à la
hauteur des événements auxquels il a dû faire face, laissant la porte
ouverte aux dérives électoralistes et réformistes, puisque, comme on
dit, souvent, la politique a horreur du « vide »...
Un petit rappel : la grève générale en Guadeloupe
Comme s’il s’agissait d’un fait concerté, au moment exact où se
tenait le Congrès fondateur du NPA, en janvier 2009, un message nous
était envoyé sur le terrain de la lutte des classes. En plein territoire
colonial français, en Guadeloupe, cette « relique du passé » qu’était
devenue la grève générale pour un certain nombre de camarades, montrait
qu’elle avait encore son mot à dire. Une grève générale pour de vrai,
avec la quasi-totalité de l’île paralysée, au bord de la pénurie. Le
patronat et le gouvernement refusaient de négocier, craignant un effet
contagion, non seulement vers les autres îles (ce qui est de fait
arrivé), mais aussi en métropole, où le mécontentement populaire
grimpait face aux premiers effets de la crise. D’autant plus que 78% de
la population en France métropolitaine soutenaient ce mouvement et que
la journée d’action appelée par les confédérations syndicales fin
janvier avait été un franc succès. Tout cela ne pouvait pas passer
inaperçu pour les délégués réunis à Saint-Denis pour fonder un nouveau
parti.
Face à l’intransigeance, le mouvement s’est radicalisé. Pour limiter
les privations des masses, les grévistes décidaient au cas par cas de la
production et la distribution de certains biens et services, notamment
de l’essence, du gaz, de l’électricité, dans une forme embryonnaire de
contrôle ouvrier. Face à la répression, des comités d’auto-défense se
mettaient en place et les jeunes des quartiers populaires rejoignaient
les affrontements et montaient des barricades. Bref, étaient réunis tous
les ingrédients d’une grève générale qui entraîne, par sa propre
dynamique, l’ensemble de la population derrière les travailleurs en
lutte, devient de plus en plus politique, acquiert des traits
insurrectionnels et commence à poser de fait le problème de savoir qui
gouverne.
Tout cela constituait un premier symptôme, n’était qu’une entrée en
matière, une anticipation de la dynamique qu’allait prendre la lutte de
classe internationale face à la crise. Mais, pour ceux qui s’apprêtaient
alors à fonder une organisation à partir de l’idée que la fameuse
« grève générale insurrectionnelle » était devenue obsolète, cela aurait
dû constituer un rappel. Car non seulement il s’agissait d’une grève
générale comme en 1968, mais on y a vu se poser des problèmes politiques
comparables, notamment la déviation du mouvement par le biais d’une
augmentation de salaires, de même que la trahison du PCF.
Plus encore, si le NPA avait accordé l’importance nécessaire à cet
évènement début 2009, ne serait-il pas arrivé mieux préparé à l’automne
2010 ? N’aurait-il pas pu tirer notamment la leçon que le manque
d’organismes d’auto-organisation, combiné à une politique suiviste des
directions syndicales [8] (réformistes combatives en Guadeloupe,
ouvertement conciliatrices en métropole) de la part des révolutionnaires
amènerait inévitablement à une défaite ?
L’opportunité ratée des grèves ouvrières de 2009-2010
Mais ce n’était pas seulement dans les DOM-TOMs que la dynamique de
la lutte de classe était en train de changer. Depuis fin 2008, face aux
premiers effets de la crise en France, toute une série de grèves
ouvrières contre les fermetures d’entreprise et les licenciements ont eu
lieu un peu partout dans le pays. Cette résurgence de conflits ouvriers
très durs venait après des années de transformations réelles et
profondes dans la division mondiale du travail, qui ont provoqué une
réduction du nombre d’ouvriers industriels dans les pays avancés, au
profit des services et des délocalisations d’usines. Elle constituait un
début de rupture avec les défaites subies pendant plusieurs décennies.
Enfin, elle se démarquait de phénomènes antérieures de la lutte de
classes où c’étaient plutôt les paysans (mouvement zapatiste), les
jeunes (mouvement altermondialiste) ou la population urbaine en général
(Argentine 2001) qui avaient été sur le devant de la scène, contribuant à
diffuser l’idée que la classe ouvrière n’était plus le sujet principal
de la transformation sociale. Avec la vague de lutte de 2009-2010,
celle-ci était définitivement de retour sur le devant de la scène
politique.
Pendant plusieurs mois, des dizaines de grèves dures ont fait la une
de tous les journaux. La reprise de la méthode radicale de séquestration
des patrons et des cadres a fait rapidement tâche d’huile, et
contrastait avec un programme de revendications se limitant à la demande
d’indemnités de départ. Dans l’histoire du mouvement ouvrier français,
les travailleurs n’avaient eu recours à ce type d’action de manière plus
ou moins étendue que pendant les périodes les plus révolutionnaires de
l’histoire du XXe siècle. Comme nous l’écrivions dans un article publié
en 2010 : « l’extension de ce type d’action à différents moments de
l’histoire n’est pas nouvelle. Xavier Vigna, à propos des séquestrations
des années 1960 et 1970, explique que “ces formes de violence ne sont
pas neuves et nous font émettre l’hypothèse d’un répertoire d’actions
violentes quasi souterrain, qui chemine par-delà une pacification
générale des relations sociales, et qui se manifeste par des ‘surgeons’.
Ou, pour le dire autrement, l’institutionnalisation et la diffusion de
la pratique gréviste n’empêchent pas que demeurent, chez les ouvriers,
des pratiques conflictuelles plus vives, plus aiguës, dont l’expression
est facilité par une mémoire des grandes grèves antérieures, notamment
celles de 1947-1948 et qui se manifeste pendant les années 68” [9].
Serions-nous en train de vivre le même phénomène, de façon différée,
comme une mémoire souterraine de la poussée des années 60 et 70 qui
peut-être est en train d’annoncer une nouvelle poussée ouvrière qui
aille au-delà des profondes limitations subjectives actuelles [...] ? »
[10]
Il nous paraît que le mouvement historique contre la réforme des
retraites et le rôle central qu’y ont joué des secteurs stratégiques de
la classe ouvrière répond positivement à la question que nous nous
posions à l’époque, et cela bien que la conjoncture électorale que nous
traversons actuellement constitue une espèce d’interrègne plus
réformiste. Cette vague de 2009-2010 avait de plus une composante anti
bureaucratique très intéressante, dans la mesure où ces conflits se
menaient en extériorité et parfois en opposition à la politique des
confédérations. Il y a même eu des tentatives de coordination
indépendante de cette avant-garde radicale, comme la rencontre de
Champhol fin 2008, la manif sur Paris octobre 2009, la mise en place du
Collectif contre les Patrons Voyous, la réunion à Blanquefort ou encore
l’envoi de délégations ouvrières à Châtellerault pour soutenir les New
Fabris en juillet 2010. Bref, le moins qu’on puisse dire est que la
situation dans le mouvement ouvrier était plutôt favorable à la
construction d’un parti anticapitaliste...
Cependant, le défaut initial d’implantation du NPA dans le mouvement
ouvrier industriel a été profondément aggravé par l’enfermement du parti
dans des discussions électorales alors même que ce processus gréviste
était en plein développement. Pour illustrer à quel point le parti a été
en deçà des enjeux, il suffit de citer le cas de la grève de la
raffinerie de Flandres à Dunkerque, où le principal dirigeant, Philippe
Wullens, avait une grande sympathie pour le discours d’Olivier
Besancenot. Il l’a invité à plusieurs reprises à venir sur le site leur
apporter du soutien, sans succès, alors même qu’il s’agissait du
principal conflit en cours à l’échelle nationale, conflit qui avait même
déclenché une grève nationale des raffineries. Deuxième exemple, la
lutte de Philips à Dreux, où le secrétaire du syndicat CGT, Manu
Georget, qui était à la tête du secteur combatif de la boîte et qui
avait même tenté de mettre en place le contrôle ouvrier de la production
sur le site, était membre du NPA et tête de liste électorale dans son
département. La direction du NPA l’a laissé absolument seul alors même
que le conflit avait pris une ampleur nationale, avec l’affaire du
lock-out patronal et de l’intervention du Ministre de l’industrie
Christian Estrosi, qui avait dû défendre explicitement les patrons de
Philips en disant qu’ils n’étaient pas des patrons voyous.
Encore une fois, si le NPA s’était investi à fond sur ces grèves,
considérant chacune d’elle comme une « école de guerre » (Lénine dixit),
s’il avait soutenu résolument la mise en place d’une coordination de
ces conflits indépendamment de la bureaucratie de Cherèque et Thibault,
s’il avait tout fait pour gagner à ses rangs les meilleurs éléments de
cette avant-garde, et apporter à tous ceux qui était en train de lutter
un peu de confiance quant à leur capacité à gagner s’ils se battaient
tous ensemble... n’aurait-il pas abordé en meilleur position l’automne
2010 ? Le « vide stratégique » de l’organisation, et ses illusions sur
la possibilité d’occuper des espaces super-structurels notamment dans
les élections, ne seraient-ils pas à l’origine de l’incapacité du NPA à
jouer un rôle dans le cadre de cette occasion en or offerte par la lutte
des classes ? En effet, lorsque l’on ne pense plus que la
transformation révolutionnaire passera par une insurrection dirigée par
les travailleurs et entrainant l’ensemble des couches populaires, c’est
la question même du sujet de la transformation sociale, et partant des
priorités de construction, qui est remise en cause.
Le mouvement de l’automne 2010 et la capacité des travailleurs à bloquer
le pays
Nous arrivons enfin à la grande échéance du mouvement des retraites,
significative aussi bien par le rôle joué par des secteurs stratégiques
de la classe ouvrière comme ceux de l’énergie et des transports que par
les rapports qui ont été établis entre l’ensemble des secteurs en lutte.
Les frais de tous les manquements stratégiques du NPA se sont alors
révélés explicitement.
Lorsque le mouvement a commencé, les raffineurs sortaient à peine
d’une autre lutte, dont nous parlions à l’instant, contre la fermeture
de la raffinerie de Flandres. Elle avait entrainé l’arrêt de toutes les
raffineries de France. Très vite donc, la grève chez les raffineurs a
été déclarée reconductible, et ils se sont adressés à tous ceux qui se
battaient contre la réforme en disant qu’ils avait la force d’arrêter le
pays et étaient déterminés à le faire. Ils demandaient à ceux qui
n’avaient pas les mêmes moyens de pression qu’eux et qui n’étaient pas
en grève reconductible de contribuer à une caisse de grève visant à
compenser leurs pertes de salaires à la fin du mouvement.
Même si cela cachait une certaine tendance à l’autosuffisance, qui
s’est heurtée à ses limites lorsque les directions syndicales ont joué
la carte de l’isolement des raffineurs, la subjectivité de ces
travailleurs, qui se proposaient d’utiliser leur place centrale dans la
production pour faire entendre la voix de tous les exploités, était une
donnée tout à fait nouvelle. D’autant plus que, du côté de la
population, la réponse a été plus que favorable : les contributions à la
caisse de grève ont été tellement importantes qu’elles ont largement
dépassé le nécessaire pour rembourser les salaires et ont été reversées à
d’autres secteurs. Lorsque, face à une pénurie imminente, l’État a
décidé, avec la complicité de l’Intersyndicale, de déloger les piquets
de grève et de réquisitionner des salariés, des milliers de travailleurs
d’autres secteurs et de jeunes mobilisés sont venus défendre à côté des
raffineurs des piquets qu’ils considéraient comme les leurs.
Plus globalement, le mouvement de l’automne 2010 et sa dynamique qui
tendait clairement à la grève générale ont attiré la sympathie et la
mobilisation des secteurs les plus divers de la société, avec notamment
l’entrée des lycéens et des jeunes de banlieue. Cela témoignait sans
aucun doute de la grande capacité de la classe ouvrière, lorsqu’elle se
met au service des intérêts de tous les exploités, à devenir
hégémonique. Sans les services rendus à la bourgeoisie par les
directions syndicales, le développement de ces tendances aurait pu
arriver à un seuil ouvertement politique qui pose le problème du
pouvoir, comme le montre le fait qu’au moment même où la menace de
pénurie de carburant était concrète, les raffineurs pouvaient compter
sur le soutien de 75% de la population, alors que le Président de la
république avait un taux de popularité au plus bas, avec 29%.
Malheureusement, notre parti s’y est très mal préparé. Avant même la
création du NPA, la LCR, qui avait fait un effort pendant les deux
premières décennies de son existence pour s’implanter dans la classe
ouvrière (quoique avec des résultats relatifs) s’était adaptée de façon
non négligeable à ce que Daniel Bensaïd appelait « l’illusion du
social », c’est à dire à l’idée d’une multitude de mouvements partiels
dont la simple addition serait le moteur de la transformation sociale.
La logique des « secteurs d’intervention » a matérialisé du point de
vue organisationnel cette conception. Mouvement féministe, mouvement sur
les questions environnementales, mouvements des chômeurs, mouvement
LGBTI, mouvement pour le logement, mouvement étudiant, lycéen, quartiers
populaires, etc. A l’opposé de la démarche de LO, qui néglige de façon
sectaire le combat contre les oppressions et même l’intervention dans le
mouvement étudiant, la LCR puis le NPA se sont dispersées dans des
fronts divers, sans aucune hiérarchie.
C’est ainsi que le NPA naissait non seulement sans délimitation
stratégique, mais avec une faible délimitation de classe, et une
composition sociale où les enseignants et les cadres échelon A de la
fonction publique représentaient la majorité. Sa très faible
implantation dans les secteurs stratégiques du prolétariat n’a en rien
était comblée lors de ses premières années d’existence.
Ainsi, lorsque les camarades du courant Gauche Anticapitaliste
affirment, bien qu’avec une part de vérité, que pendant le mouvement
contre la réforme « la mise en avant du mot d’ordre de grève générale a
aussi servi de paravent à l’absence de propositions concrètes dans le
cours de la mobilisation » [11], la réponse à ce problème ne peut pas
trouver de solution dans l’orientation politique qu’ils proposent. Le
NPA est arrivé très mal préparé à cette grande échéance dont la
dynamique poussait bel et bien vers une grève générale politique. C’est
alors le manque d’accumulation préalable, et l’incapacité de ce parti à
construire des fractions radicales au sein de la lutte de classe, à
combattre concrètement la bureaucratie syndicale et à présenter une
alternative de direction au mouvement, ancrée dans les embryons
d’organismes d’auto-organisation qu’étaient les AGs
interprofessionnelles, qui a condamné le NPA à une simple posture
propagandiste en ce qui concerne la grève générale (d’ailleurs
hésitante, et glissant parfois sur le mot d’ordre ambigu de « blocage de
l’économie »). Notre organisation était incapable de peser
effectivement sur le destin de la lutte, ne serait-ce qu’à partir de
quelques secteurs.
Pour finir, et nonobstant les accusations de « propagandisme
sectaire » portées par ces camarades à l’égard de la majorité actuelle,
c’est bien la politique de construction par occupation d’espaces
super-structurels et électoraux qui a mené le NPA à cette situation
d’impuissance sur le terrain de la lutte de classe. Or, elle est
partagée par toute l’ancienne direction, et les fondateurs de Gauche
Anticapitaliste en sont les plus fidèles défenseurs,
Le printemps arabe et les « révolutions classiques »
Cependant, le plus fondamental était encore à venir. Malgré toutes
les prévisions d’un certain nombre de camarades, les premières
révolutions du XXIe siècle sont arrivées assez vite. Cette fois-ci,
c’est dans une autre aire de l’arrière cour coloniale française, le
Maghreb, que les choses ont bougé. Le mot « révolution », qu’on s’était
interdit de mettre en avant lors de la fondation du NPA, était
soudainement dans toutes les bouches. La chute des dictateurs en Tunisie
et en Égypte – le cas libyen étant plus contradictoire à cause de
l’intervention impérialiste – par l’action des masses n’était pas
encore, bien entendu, l’aboutissement d’une révolution sociale
victorieuse. Mais le processus est ouvert, et cela personne n’ose plus
nier.
Dans ce nouveau contexte, toute une série de questions et de
problèmes se sont posés de façon très concrète. Le premier a été celui
de la dynamique et de l’alliance de classes qui peut porter la
révolution. Comme souvent dans l’histoire, les premiers éclats sont
venus des maillons faibles de la chaîne capitaliste mondiale, de pays
vivant sous des régimes autocratiques et subissant les pires
conséquences de la crise. En leur sein, c’est plus particulièrement la
jeunesse et les secteurs populaires les plus opprimés qui se sont levés.
Mais en Tunisie et surtout en Égypte, c’est la convergence entre la
« place » et les entreprises (avec l’annonce d’une grève générale à la
veille de la chute de Moubarak) qui a été capable de mettre à bas le
dictateur et qui reste encore aujourd’hui décisive pour que la
révolution puisse avancer dans ses objectifs.
Le deuxième concerne la nécessité de construire des organismes
d’auto-organisation des masses [12] qui soient de véritables embryons
d’un double pouvoir, sans quoi les classes dominantes trouverons
toujours le moyen de reprendre la main, parfois même en détournant des
aspirations légitimes comme celle de l’Assemblée Constituante en
Tunisie, pour opérer un changement superficiel, sans toucher aux racines
du système d’oppression et d’exploitation.
Le troisième est celui de la combinaison entre les tâches
démocratiques et sociales. A ainsi été mise à l’ordre du jour la
question de l’articulation entre la lutte contre des régimes
autocratiques et pour résoudre des tâches démocratiques structurelles
dans des pays semi-coloniaux, et la lutte contre le capitalisme en tant
que système d’exploitation.
En Tunisie par exemple, le lien a souvent été fait au cours du
processus révolutionnaire entre la dictature de Ben Ali et celle des
« petits Ben Alis » [13] , en particulier des patrons liés au régime,
qui se faisaient expulser des entreprises au moment le plus explosif de
la mobilisation. De même, en Égypte, une des premières mesures de la
junte militaire après la chute de Moubarak a été de supprimer le droit
de grève, dans une tentative d’empêcher les travailleurs qui avaient
joué un rôle déterminant dans la chute du dictateur de pousser plus loin
le processus. Cette mesure a été un élément accélérateur de
l’expérience faite par les masses avec l’armée, comme on a vu récemment
lors de la mobilisation contre la junte qui a précédé les élections
parlementaires, et qui se poursuit jusqu’aujourd’hui.
Ce que démontrent ces processus aussi bien que les tentatives de
déviation en cours, c’est que la satisfaction des revendications
démocratiques, à commencer par la libération de l’oppression
impérialiste, ne pourra être effective que si les travailleurs et les
couches populaires mènent jusqu’au bout la révolution, c’est à dire
s’ils s’attaquent à la propriété privée des moyens de production, et
commencent à créer les bases de leur propre pouvoir. Pour cela, il leur
faut développer un programme de transition qui réponde aux aspirations
démocratiques et sociales de toutes les couches populaires. Car si la
classe ouvrière n’est pas capable d’offrir un programme et une
perspective à l’ensemble des couches populaires, une partie de ces
secteurs sera fatalement attirée par les partis musulmans et leur
politique d’assistanat, comme c’est déjà en partie le cas aussi bien en
Égypte qu’en Tunisie.
En ce sens, il nous faut souligner à quel point le saut actuel dans
l’intervention de la classe ouvrière égyptienne dans le processus est
encourageant, et pourrait constituer un premier pas. L’universitaire
anglaise Anne Alexander écrit à propos de la deuxième vague
révolutionnaire qui se développe sous nos yeux : « Cette série complexe
d’événements ne peut être comprise sans prendre en compte le profond
changement dans la nature et la portée de l’action collective des
travailleurs égyptiens depuis fin août 2011. Une vague de grèves et de
manifestations coordonnées sur l’ensemble du territoire, telles que
celles organisées par les travailleurs de la poste et les enseignants,
couplées avec l’industrie et l’ensemble du secteur du sucre et des
travailleurs de l’administration publique des transports au Caire, est
la principale cause d’une paralysie qui a saisi le régime militaire en
septembre et a donc ouvert la voie pour le soulèvement de novembre. Les
luttes sociales et politiques continues, qui approfondissent toujours
plus la révolution en Égypte, sont encore à un stade précoce de leur
développement. Pourtant, plusieurs caractéristiques de la vague de
grèves de septembre 2011 indiquent que le degré auquel le mouvement des
travailleurs s’organise a réintroduit la classe ouvrière comme un
facteur important dans la politique nationale, à un niveau inconnu en
Égypte depuis plus de soixante ans » [14]
On conçoit alors comment la donne pourrait être radicalement changée
dans ce pays. Il suffirait que ces mobilisations, d’ores et déjà de plus
en plus offensives et coordonnées, mais qui se concentrent sur les
conséquences des réformes libérales des dernières années, dépassent le
caractère sectoriel de leurs revendications et se tournent ouvertement
vers la lutte pour la chute de la dictature militaire.
Ces processus réactualisent de façon claire et vivante ce
qu’expliquait la Théorie de la Révolution Permanente, systématisée par
Trotsky sur la base de l’expérience des révolutions russe et chinoise.
Contre toute conception voulant restreindre les révolutions arabes à une
première étape purement démocratique et repousser aux calendes grecques
l’expropriation des capitalistes et une véritable indépendance face au
pillage impérialiste, elle a une énorme actualité pour penser et se
préparer à intervenir dans les processus en cours.
On pourrait encore citer nombre de ces problèmes « classiques »
ressuscités par le printemps arabe. Ainsi, par exemple, de la question
de l’armement des travailleurs face à la répression sanguinaire qui se
déroule sous nos yeux en Égypte. Qu’on le veuille ou non, les
révolutions arabes remettent donc à l’ordre du jour toute une série de
questions qui concernent la stratégie et la tactique révolutionnaires
et, pour y réfléchir, les expériences tirées des révolutions passées
sont d’une énorme utilité. Que peut être le sens d’un parti
révolutionnaire si ce n’est de synthétiser les expériences historiques
de notre mouvement, afin d’éviter à notre classe de repartir à chaque
fois de zéro et de refaire les mêmes erreurs ?
Est-ce que les camarades qui ont proclamé notre absence totale de
références stratégiques et la « mort du modèle de 1917 » considèrent que
la nécessité d’une alliance entre les ouvriers et les classes
populaires ou paysannes, d’un programme de transition capable de
répondre aux aspirations et d’unifier tous ces secteurs, de
l’auto-organisation comme base du nouveau pouvoir à mettre en place, est
un fait totalement nouveau et imprévisible ? Que la question de la
dynamique permanente de la révolution est, elle aussi, parfaitement
nouvelle et imprévisible ?
Si par « modèle de 1917 » on entend schéma immuable condamné à se
répéter exactement de la même façon, il s’agit bien évidemment d’une
sottise. Chaque révolution a une dynamique propre et se développe selon
les conditions concrètes du pays concerné, des rapports entre les
classes en son sein, du moment historique auquel elle se développe, etc.
Un des grands mérites des révolutionnaires russes eux-mêmes a
d’ailleurs été de s’être plongés, de nombreuses années, sur la question
théorique et pratique de la construction d’une stratégie de la
révolution dans les conditions concrètes de la Russie du début du
siècle.
Comment expliquer alors la pertinence réitérée de tous ces aspects
qui, déjà posés dans ce lointain 1917, le sont encore aujourd’hui ? Nous
pensons que cela est dû au fait que la révolution russe était à son
époque terriblement moderne. Dans les conditions très particulières de
l’existence, dans un pays arriéré du point de vue du développement
capitaliste, de la classe ouvrière la plus concentrée et éduquée dans un
sens révolutionnaire, elle anticipait une grande partie des problèmes
des révolutions de notre époque dans un sens large, c’est à dire de la
révolution socialiste.
Ceci ne veut pas dire, bien entendu que les choses en Égypte se
passeront comme en Russie. La chute de Moubarak n’est pas une sorte de
révolution de février. En Égypte l’armée ne s’est pas complètement
divisée ente soldats solidaires de la révolution et officiers liés à
l’ancien régime, la classe ouvrière n’a pas encore joué un rôle
hégémonique et des organismes de double pouvoir ouvrier (les soviets)
n’ont pas vu le jour. C’est en grande partie grâce à l’absence de ces
éléments que les régimes ont pu rester en place en se débarrassant
seulement de la personne du dictateur. On pourrait affirmer en ce sens
que la politique de déviation contre-révolutionnaire, entamé en Tunisie
avec l’appel à une Assemblée Constituante dans le cadre du régime, et en
Égypte par la mise en place d’un gouvernement de la junte militaire, a
eu pour but précisément d’éviter une dynamique de type « février 17 ».
Il est probable d’ailleurs que le développement de la révolution
égyptienne soit plus lent que celui de la révolution de 1917, où la
guerre et les expériences préalables du mouvement de masses – notamment
1905 – ont pu accélérer le processus. Nous sommes ainsi peut-être face à
une dynamique plus proche de celle de la révolution espagnole, démarrée
en 1931 avec la chute du roi Alphonse et qui ne s’est achevée qu’avec
la défaite dans la guerre civile en 1939. Cette analogie sert surtout à
souligner que face à une faiblesse subjective (les travailleurs et les
jeunes égyptiens ont pour l’instant peu conscience des mécanismes réels
de leur exploitation et de leur possibilité de s’en débarasser) et en
l’absence d’un parti révolutionnaire qui puisse y pallier de manière
organisée, le processus peut avoir des rythmes plus prolongés, en
traversant des situations diverses (électorales, de recul, etc.) avant
de pouvoir se résoudre dans le sens de la révolution ou de la
contre-révolution. En même temps ce développement plus lent peut avoir
l’avantage de laisser plus de temps pour la construction d’une
organisation révolutionnaire.
Comment intervenir correctement dans un processus révolutionnaire
ouvert sans avoir réfléchi à ces problèmes ? Le désarmement
politico-stratégique du NPA l’a empêché même d’avoir une politique
conséquente de solidarité à l’égard de ces révolutions et d’être
conséquemment anti-impérialiste face à une intervention militaire
contre-révolutionnaire dirigée par la France en Lybie [15]. Imaginons
seulement un instant ce qu’aurait donné ce niveau d’impréparation s’il
avait été amené à y intervenir directement...
Révolution ou « gouvernement anticapitaliste » ?
Nous venons de le voir amplement : les éléments qui composent la
situation objective depuis la fondation du NPA ne font que réactualiser
la pertinence d’une stratégie révolutionnaire. Et cependant le NPA
faisait route en sens inverse. Certes, il se démarquait lors de sa
création des adaptations les plus ouvertes à une stratégie réformiste
des courants du Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale (SUQI)
[16], comme la participation du courant brésilien PSOL au gouvernement
Lula, où celle du courant italien à une Rifondazione Comunista engagée
dans le soutien au gouvernement Prodi et à l’intervention militaire en
Afghanistan. Mais l’idée, censée être fondatrice, d’une absence
d’hypothèse stratégique, nous a amené à flouter la perspective et à
abaisser notre niveau de compréhension des processus révolutionnaires,
comme en témoigne la formule ambiguë de « transformation révolutionnaire
de la société ».
Cette contradiction liée au fait que le NPA ne se prononçait pas
ouvertement pour une révolution, les journalistes aussi bien que nos
adversaires politiques la saisissaient bien, eux qui avaient toujours au
bout des lèvres la même question : est-ce que le NPA sera prêt à
gouverner, à « prendre ses responsabilités » ?. Une question qui possède
un sens très précis et déterminant, celui de savoir si la
transformation de la LCR en NPA implique la substitution d’une stratégie
révolutionnaire par une autre qui soit « intégrable » au régime et aux
institutions telles qu’elles sont. En même temps que nous affichions
dans notre discours notre indépendance à l’égard de ces institutions,
les principes fondateurs disaient : « C’est le rapport de forces issu de
la mobilisation qui peut permettre la mise en place d’un gouvernement
qui imposera des mesures radicales en rupture avec le système et engage
une transformation révolutionnaire de la société ». Par quel biais ce
« gouvernement » arriverait-il au pouvoir ? Quel rapport établirait-il
avec les institutions du système capitaliste ? Rien de cela n’était
précisé.
Dans la même veine, Alain Krivine posait la question de la façon
suivante : « Aujourd’hui, les révolutionnaires sont écoutés par des
millions de personnes et s’efforcent, sans du tout renier leur combat,
de construire un parti populaire qui va nous astreindre à changer, en
commun, notre vocabulaire, nos méthodes, notre fonctionnement. Un parti
qui va aussi nous obliger à écouter et à apprendre. Un mouvement utile
dans les luttes, utile pour dégager une alternative politique et
pourquoi pas demain, à certaines conditions qui n’existent pas encore,
utile à l’exercice du pouvoir. ».
Quelles seraient alors ces « conditions » ? Dans un chat du Monde
Olivier Besancenot répondait ainsi à un internaute qui se demandait s’il
pourrait « entrer dans un gouvernement de gauche, pour peser sur une
hausse des salaires, des allocations sociales et des retraites » :
« Dans un gouvernement anticapitaliste qui prendrait de telles mesures,
plus d’autres encore, comme l’interdiction des licenciements, ou qui se
battrait pour une réelle répartition égalitaire des richesses, sans
problème. Évidemment même. Un tel gouvernement impliquerait de grandes
mobilisations sociales pour que le pouvoir lui-même soit partagé. Un tel
gouvernement, enfin, est évidemment contradictoire avec le programme du
Parti Socialiste et de ceux qui proposent d’accompagner les dégâts du
capitalisme. »
L’idée d’un « vrai » gouvernement de gauche, appuyé par des
mobilisations, gagnait ainsi du terrain avec la condition quasi unique
que ce ne soit pas avec le Parti Socialiste. Ce gouvernement n’aurait
pas pour but d’exproprier l’ensemble de la classe capitaliste pour
socialiser les moyens de production, mais simplement de se battre pour
une « répartition égalitaire des richesses ».
Cette idée d’une combinaison entre un « gouvernement
anticapitaliste » et la mobilisation de masses s’appuyait sur une
réflexion théorique entamée au sein de la LCR, notamment par Antoine
Artous qui disait que « au moins dans des pays comme ceux de l’Europe de
l’Ouest (et aussi dans d’autres pays), on ne peut croire que ce nouveau
pouvoir surgira en extériorité complète avec certaines institutions
politiques en place, notamment les assemblées élues sur la base du
suffrage universel. C’est pourquoi, et cela d’ores et déjà, il faut
mener bataille pour leur démocratisation radicale » [17]. Ainsi, les
mêmes camarades qui considéraient que les formes d’émergence du double
pouvoir et ses caractéristiques sont hautement imprévisibles (l’absence
d’hypothèse stratégique), semblaient avoir au moins une certitude : que
les institutions du régime démocratique bourgeois sont appelées à jouer
un rôle central dans l’émergence de ce double pouvoir.
Elle prenait corps d’autre part sur l’émergence d’un certain nombre
de gouvernements ayant une rhétorique « révolutionnaire » en Amérique
Latine, comme ceux de Chavez et de Evo Morales. La formule même de
« socialisme du 21ème siècle », reprise par le NPA, avait été empruntée à
Chavez, pour qui il s’agissait pourtant d’un « socialisme avec des
chefs d’entreprise ».
François Sabado en est même arrivé à envisager, au nom de son courant
international, le SU-QI, la possibilité d’une Internationale commune
avec Chavez : « Chavez situe la constitution d’une Ve Internationale
dans la continuité de la IVe. Nous l’avons déjà déclaré à maintes
reprises : qu’importent les étiquettes, s’il y a convergence sur le
contenu. […] Il y a, en effet, une nouvelle période historique, où les
clivages entre divers courants révolutionnaires peuvent être surmontés
sur la base d’une « nouvelle compréhension commune des évènements et des
tâches ». […] Encore une fois, cet appel crée les conditions d’une
nouvelle discussion internationale, indissociable de la solidarité avec
la révolution bolivarienne. C’est dans cet esprit que la IVe
internationale, ses organisations et ses militants, répondront
’’présents’’ ! » [18]
Encore une fois, l’expérience concrète a démontré les limites de la
« révolution bolivarienne ». Malgré le « soutien de la mobilisation de
masses » contre le coup d’État en 2002, Chavez n’a pas entrepris –
depuis plus de 10 ans qu’il est à la tête du gouvernement – une rupture
quelconque avec le système capitaliste. Et les processus les plus
avancés de la lutte de classes sont venus d’un autre côté et sous une
forme bien plus « classique », avec les révolutions arabes, dont on
mentionnait plus haut le peu de cas qu’en fit le NPA.
De plus, cette ambigüité sur la question du pouvoir a laissé le parti
désarmé pour affronter la concurrence du Front de Gauche, qui avait
l’avantage de répondre à une certaine aspiration à l’union de la gauche
présente chez des travailleurs et des jeunes qui par ailleurs
sympathisaient avec le NPA. Ne pouvant pas se distinguer clairement de
la stratégie de « révolution par les urnes » de Mélenchon pour justifier
son existence indépendante, le NPA est devenu inaudible, et est apparu
comme sectaire. C’est de cette impuissance qu’a découlé le renforcement
de la tendance « unitaires » au sein du parti, culminant dans de
nombreux départs vers le Front de Gauche et dans la constitution du
courant Gauche Anticapitaliste.
En conséquence, bien loin de la vision que les signataires du texte
« Quelques éléments… » [19] développent lorsqu’ils parlent de la
prétendue capacité du NPA à « hégémoniser la gauche radicale » [20] , il
s’est avéré que cette illusion d’influence sur les courants de la
gauche antilibérale et réformiste, en absence d’une stratégie propre,
s’est transformée en son contraire, c’est à dire une augmentation
importante de l’influence des réformistes dans ses rangs, comme en
témoignent les nombreux départs de camarades du NPA vers le Front de
Gauche.
La Grèce et le rôle tragique de la « gauche de la gauche »
Première victime de la crise de la dette publique, la Grèce est
devenue depuis plusieurs mois le point le plus avancé de la lutte de
classe au sein du continent européen. Les luttes de résistance des
travailleurs et du peuple grecs contre la politique d’austérité, imposée
par la troïka avec l’accord du gouvernement du PASOK, ont fait au
demeurant un saut qualitatif avec la grève générale du 19 et 20 octobre
derniers. Il en est découlé une crise ouverte du gouvernement de
Papandreou, jusqu’à l’impossibilité de son maintien au pouvoir. Le
dernier acte de sa présidence, une proposition de référendum retirée en
quelques heures devant la colère des impérialistes européens, de même
que la mise en place ultérieure du « gouvernement d’union nationale »
avec Papademos à sa tête, témoignent tous deux de la tenaille qui
détermine aujourd’hui la politique grecque : d’un côté, la puissante
mobilisation populaire, et de l’autre la pression à la semi-colonisation
du pays par les principales bourgeoisies européennes.
Comme l’écrit Stathis Kouvelakis : « Comment comprendre de façon plus
profonde ce bouleversement spectaculaire du paysage politique, qui a vu
en une dizaine de jours l’ex-Premier ministre Papandréou annoncer un
référendum, se rétracter, gagner un vote de confiance au Parlement pour
finalement démissionner et laisser la place à un gouvernement
d’« entente nationale » aux ordres des financiers et de l’UE ? Précisons
d’entrée de jeu ceci : contrairement à une impression largement
répandue dans et par les médias internationaux, ce n’est pas l’annonce
d’un référendum portant sur les décisions du sommet européen du 27
octobre qui a précipité les événements, mais la situation
pré-insurrectionnelle dans laquelle la Grèce a plongé depuis les
journées du 19 et 20 octobre et, de façon encore plus nette, depuis les
émeutes qui ont accompagné les commémorations de la fête nationale du 28
octobre. C’est du reste précisément à cette situation que venait
répondre l’initiative à haut risque, et qui s’est révélée fatale pour
son sort, de Papandréou » [21]
Face à une telle situation de convulsion sociale, aux souffrances
inouïes auxquelles sont soumis les travailleurs et le peuple, à la
bonapartisation du régime, à l’entrée de l’extrême droite dans le
gouvernement, etc. la politique de la gauche grecque, qui a pourtant un
poids considérable, est une véritable catastrophe. Que ce soit le Parti
Communiste Grec (KKE) ou la coalition Syriza à laquelle participent des
courants d’extrême gauche d’origine trotskyste et maoïste, tous manient
« un discours radical, mais désincarné, en ayant avant tout l’œil sur
les sondages [électoraux], qui créditent la gauche radicale de ses
scores les plus élevés depuis les années 1970. Ils semblent se contenter
de ce rôle de réceptacle passif de la colère populaire » [22].
Chercher à canaliser par la voie électorale la résistance à la plus
grande offensive contre le peuple grec depuis la fin de la dictature des
colonels en 1974, voilà la politique de la « gauche unitaire » en
Grèce. Toutes proportions gardées, cela fait penser à la politique
tragique mené par le Parti Communiste Allemand qui face à l’ascension de
Hitler était tranquille et n’a nullement organisé la résistance « parce
que le parti progressait en nombre de voix... ».
Lorsque les camarades du courant Gauche Anticapitaliste nous
expliquent que, pour se préparer à des scénarios de ce type en France,
il faut constituer un « bloc anti-crise » voire l’unité politique et
électorale avec tous ceux qui, en parole, sont contre l’austérité, on
est en droit de se demander si c’est l’exemple de cette gauche qu’ils
nous proposent comme alternative. Ou peut-être celui du Bloc de Gauche
au Portugal (selon eux un des seuls partis larges à ne pas être en crise
aujourd’hui), qui a voté les plans d’austérité pour la Grèce ?
Parti large d’adhérents ou parti révolutionnaire pour la lutte de
classe ?
L’ensemble des éléments répertoriés tout au long de cet article
montrent que la logique qui a présidé à la fondation du NPA, celle d’un
parti processus dont les délimitations se construiraient « en marchant »
(pour reprendre l’expression du poète espagnol Antonio Machado, qui a
été citée lors d’une des premières réunions du parti [23] ) s’est heurté
à des limites très concrètes. Une intervention correcte dans la lutte
de classes dans le contexte d’une situation politique qui bascule très
rapidement et devient de plus en plus convulsive exige une préparation.
Cette préparation passe par l’élaboration d’une stratégie et d’un
programme qui tire les leçons des expériences présentes et passées,
ainsi que par un travail d’implantation réelle chez les travailleurs et
les jeunes radicalisés.
L’écho d’un porte-parole charismatique ne pouvait pas se substituer à
ce travail. Et lorsque ce travail n’était pas fait, son absence à
partir du printemps dernier a eu tendance à faire sauter cette
contradiction. Le vieux révolutionnaire russe Léon Trotsky disait à
propos de la "disproportion" entre les effectifs du Parti Communiste
Français des années 1930 et son influence : « L’expérience du mouvement
ouvrier atteste que la différence entre le rayon d’organisation et le
rayon d’influence du parti — toutes traditions égales — est d’autant
plus grande que le caractère dudit parti est moins révolutionnaire et
plus "parlementaire". L’opportunisme s’appuie beaucoup plus facilement
que le marxisme sur des masses dispersées. […] L’accroissement
systématique de la "disproportion", parallèlement à la décroissance du
nombre des communistes organisés, ne pourrait, par conséquent, rien
signifier d’autre que ceci : que le Parti communiste français, de
révolutionnaire, se transforme en parti parlementaire et municipal. »
[24]
Le NPA a été d’une certaine façon victime de ce même piège. La
disproportion entre le poids superstructurel « artificiel » de
Besancenot et la capacité militante réelle du parti a créé l’illusion
que l’on pouvait se passer des débats stratégiques et de la construction
de fractions militantes importantes chez les travailleurs et les
étudiants au sein de la lutte de classe. Si, pendant les années 1930,
alors que les organisations du mouvement ouvrier regroupaient des
dizaines de milliers de militants, dont de nombreux ouvriers, la
« disproportion » entre l’influence électorale d’un parti et sa réalité
militante dans les luttes était déjà un danger, elle l’est a fortiori
aujourd’hui, alors que le militantisme lui-même est remis en cause et la
pression du régime démocratique bourgeois en décomposition sur les
partis d’extrême gauche en est en effet d’autant plus forte. La réponse
apportée par le courant Gauche Anticapitaliste ne fait qu’aggraver les
choses. Car sans un travail militant permettant l’implantation dans les
principales usines, services, hôpitaux, universités, etc., aucune lutte
sérieuse ne peut être envisagée, et encore moins un gouvernement des
travailleurs arrivant au pouvoir par le biais d’une révolution
socialiste.
Mais alors, que répondons-nous à la question de savoir s’il fallait
ou non fonder le NPA ? De notre point de vue, il était juste de la part
de l’ancienne LCR de vouloir utiliser l’écho trouvé par Olivier
Besancenot dans les élections présidentielles de 2007 pour s’élargir en
tant qu’organisation, même si cet écho correspondait plus à un espace
électoral dans une conjoncture politique précise qu’à un phénomène réel
de radicalisation politique. Il aurait été conservateur de ne pas
essayer de convertir cet écho en force militante, et si pour cela il
fallait éviter un vocabulaire et des habitudes trop attachées à la
tradition de l’extrême gauche post-soixante-huitarde, pourquoi pas ?
Cependant il n’était pas nécessaire d’abandonner la stratégie et le
programme révolutionnaires, l’intervention dans la lutte de classes,
l’implantation dans les principaux bastions ouvriers, etc. Les milliers
de travailleurs et de jeunes qui avaient voté pour Olivier et la LCR en
2007 l’avaient fait malgré une étiquette exprimant explicitement son
ancrage communiste et révolutionnaire.
Si pendant les premières années d’existence du parti nous avions mené
avec ces camarades les débats stratégiques cruciaux, en cherchant à
convaincre et à avancer ensemble, sans peur des « clivages », si nous
avions fait avec eux une expérience en commun au sein de la lutte de
classe, alors il aurait sûrement été possible de garder nombre de celles
et ceux qui ont été attirés par le lancement du NPA, et même d’en
gagner d’autres.
Quelques propositions concrètes pour avancer
Néanmoins, et même si nous avons déjà perdu beaucoup de temps, il
reste possible d’éviter que le parti ne continue à reculer jusqu’à une
éventuelle explosion, dramatique en ce qu’elle mènerait à la
démoralisation de nombreux militants. Pour cela, il nous faut mener
enfin ces débats, et refonder le NPA sur de nouvelles bases,
révolutionnaires. Ce qui implique que la majorité actuelle arrête de
jouer à cache-cache et fasse un bilan sérieux et profond des trois
années qui se sont écroulés.
Ce bilan stratégique devrait aller de pair avec une série de mesures
immédiates pour remettre le parti à l’offensive et changer le cours
actuel :
Tout en accélérant le rythme de la recherche des parrainages
administratifs, il faudrait prendre au sérieux la question de la
fermeture des sites de PSA, qui constitue une attaque centrale à
l’ensemble de la classe ouvrière. Si nous mobilisons la concentration de
militants que nous avons en région parisienne, nous pourrons mettre en
place une grande campagne de solidarité avec les ouvriers d’Aulnay. Nous
pourrions aussi utiliser l’espace médiatique qui s’ouvre à Philippe
Poutou au service de cette bataille de classe.
Sur le plan de l’internationalisme, nous devrions d’ores et déjà
lancer une campagne de soutien à la révolution égyptienne, qui fait en
ce moment de nouveaux pas, et parallèlement subit de nouveaux coups,
avec la répression féroce du gouvernement militaire. Il faudrait porter
une attention particulière à la poussée ouvrière en cours et à la
structuration des syndicats indépendants. Et cela sans oublier la
mobilisation à Mayotte qui prend un deuxième souffle et qui passe sous
silence en métropole et la solidarité avec les travailleurs et le peuple
grecs
La jeunesse du parti et en particulier les étudiants auraient un rôle
fondamental à jouer en se tournant de façon résolue vers les luttes du
monde du travail pour recréer une tradition d’unité entre la jeunesse et
la classe ouvrière. En même temps, face à la crise capitaliste et étant
donné un certain regain des idées marxistes dans le milieu
universitaire, elle devrait mener un combat idéologique frontal contre
l’idéologie dominante, pour réhabiliter un marxisme vivant et pour
attirer de nouveaux étudiants et intellectuels au militantisme
révolutionnaire.
Avancer dans la relance d’une dynamique d’intervention en direction
des principaux phénomènes de lutte ouvrière, d’internationalisme actif
et de lutte idéologique offensive, voilà le pas en avant nécessaire pour
corriger les erreurs passées et commencer à nous mettre à la hauteur
des enjeux de la situation.
[1] Daniela Cobet est membre du Comité Politique National du NPA et du Courant Communiste Révolutionnaire, Plateforme 4


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